Petite histoire de l'IRC — 35+ ans d'un protocole increvable
IRC est plus vieux que le web. Plus vieux qu'Internet tel qu'on le connaît aujourd'hui, en un sens. Depuis 1988, ce protocole a survécu à sa propre extinction annoncée un nombre incalculable de fois — et pourtant, en 2026, il est toujours là, y compris ici, sur Discut.Biz.
1988 — Un finlandais nommé Jarkko Oikarinen
L'histoire commence à l'université d'Oulu, en Finlande, en août 1988. Jarkko Oikarinen, surnommé "WiZ", cherche à améliorer un programme de discussion multi-utilisateurs existant sur un BBS local. Il s'inspire du Bitnet Relay Chat, un système de discussion utilisé sur le réseau universitaire Bitnet, et développe ce qui deviendra l'Internet Relay Chat.
Le protocole sera formalisé quelques années plus tard dans la RFC 1459, publiée en mai 1993, puis affiné dans les RFC 2810 à 2813 en avril 2000 — les mêmes bases techniques, pour l'essentiel, qui font encore tourner les réseaux IRC aujourd'hui.
Les années 1990 — L'âge d'or
IRC explose dans les années 1990, porté par la démocratisation d'Internet. C'est l'un des tout premiers systèmes de discussion en temps réel accessible au grand public, bien avant ICQ ou les messageries instantanées propriétaires. Plusieurs grands réseaux émergent — EFnet, Undernet, DALnet, IRCnet — chacun développant sa propre communauté et sa propre culture.
IRC devient aussi, à cette époque, un vrai outil d'information en temps réel : lors d'événements majeurs où les canaux de communication classiques sont perturbés, des utilisateurs se tournent vers IRC pour relayer des informations en direct, minute par minute — un usage qui préfigure ce que deviendront plus tard les réseaux sociaux en temps de crise.
Les années 2000 — Le premier vrai coup de mou
Avec l'arrivée d'ICQ puis de MSN Messenger, une partie du grand public déserte IRC au profit de messageries plus simples d'accès, avec liste de contacts et interface graphique. IRC ne meurt pas pour autant — il se recentre. Les communautés techniques, les projets open source et les hackers restent fidèles au protocole, qui devient progressivement un outil plus spécialisé que grand public.
2021 — La crise Freenode, ou comment IRC a prouvé sa résilience
Freenode, fondé en 1994, était depuis des décennies LE réseau IRC de référence pour l'open source — jusqu'à 50 000 utilisateurs connectés en moyenne à son pic. En mai 2021, un changement de direction contesté par la communauté pousse l'ensemble du staff historique à démissionner en bloc, dénonçant une "prise de contrôle hostile". Ces mêmes administrateurs créent aussitôt un nouveau réseau, Libera.Chat, qui attire 20 000 comptes en seulement dix jours. Ubuntu, Gentoo, Arch Linux, FreeBSD, KDE, la Wikimedia Foundation et des dizaines d'autres projets majeurs migrent en quelques semaines. Preuve que le protocole survit très bien à la disparition d'un réseau particulier — même le plus gros.
Les années 2010-2020 — L'arrivée de Discord
Plus récemment, c'est Discord qui a rebattu les cartes, en particulier dans les communautés gaming. Interface moderne, vocal intégré, application mobile native dès le départ — beaucoup de communautés qui utilisaient IRC ont basculé, cherchant plus de confort au quotidien. Certains réseaux IRC historiques, notamment ceux liés au jeu vidéo, ont vu leur fréquentation fondre au profit de serveurs Discord.
2026 — Où en est IRC aujourd'hui ?
Le protocole n'a jamais dépendu d'une seule entreprise, d'un seul réseau, ni d'une seule communauté pour exister. C'est précisément ce qui explique sa longévité : quand un réseau ferme ou change de main, ses utilisateurs migrent ailleurs plutôt que de disparaître avec lui — comme l'a montré l'épisode Libera.Chat, qui comptait encore plus de 30 000 utilisateurs connectés en moyenne mi-2025, quatre ans après sa création dans l'urgence.
IRC reste aujourd'hui l'outil de prédilection de nombreux projets open source, de communautés techniques, et de réseaux francophones comme Discut.Biz, qui continuent à faire vivre le protocole en le modernisant à leur façon — client web, applications mobiles, API ouvertes — sans jamais renier ce qui en fait la force depuis 1988 : du texte, en direct, sans intermédiaire.
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